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Rencontre avec Monique Amar

Monique Amar soutient les femmes vietnamiennes

Sophie Jovillard, journaliste

Française d’origine vietnamienne, Monique Amar a fondé Amour de Soie et des autres. À travers elle, mon regard s’est ouvert sur des femmes du Vietnam qui se battent pour sortir leurs familles du cycle de la pauvreté. Les former et leur donner une activité, c'est le sens de toutes les actions que Monique soutient à travers ses mobilisations sur le terrain…

Vous avez fondé une entreprise éco-citoyenne qui a pour objectif de valoriser le travail des femmes au Vietnam. Pouvez-vous nous en dire plus sur « Amour de Soie et des Autres » ?

En 2007, l’association Amour de Soie et…des Autres est née. Elle est totalement en lien avec la petite société éco-citoyenne que j’ai créée quelques mois auparavant qui s’appelle aujourd’hui « Cabane Bamboo ». Nous faisons fabriquer des « produits partage », réalisés à quelques heures d’ Hanoï, pour permettre à des familles démunies de mieux vivre et d’éduquer leurs enfants.

C’est le but que s’est fixé « Amour de Soie… et des Autres », association loi 1901, qui agit pour le développement durable et qui valorise le rôle et le statut de la femme vietnamienne.

Pourquoi avoir choisi le Vietnam pour ce projet ?

Le Vietnam, c'est une histoire de famille ! Ma grand-mère était vietnamienne, née à Haïphong, ma mère a grandi au Vietnam et s’est mariée là-bas. Mes parents y ont vécu
de longues années. J’ai donc été bercée tout au long de mon enfance par cette culture.

En 1973, je suis allée au Vietnam, à Saigon puis à Phnom-Penh au Cambodge.
C’était la guerre… Là-bas pendant quelques mois, j’ai aidé les équipes de l’ONU et me suis investie en m’occupant des enfants orphelins.

Et ce n’est qu’en 1996 que j'ai découvert la ville d'Hanoi. J’en suis tombée totalement amoureuse !

Pourquoi avoir choisi la production d’éventails ? Est-ce que cela fait partie des traditions artisanales du pays ?

Les éventails en soie ont fait leur apparition au Vietnam il y a très longtemps sur les scènes de théâtre. Ils font partie du savoir-faire artisanal du pays.

Par ailleurs, l’’éventail est un bel objet, utile et surtout apprécié de tous. Un jour j’ai visité le village de Vac situé dans la province de Hà Tây (Nord), réputé pour la fabrication des éventails en papier et en bambou, où le métier est transmis de père en fils au sein de nombreuses familles. J’ai eu l’idée de m’appuyer sur cette tradition artisanale pour encourager le travail des femmes et aider les gens à sortir de la misère.

Comment sont fabriqués les éventails ?

Les éventails sont fabriqués à partir du bambou. Grâce à l’Association « Coup de Pouce » et Patrice Lamballe, responsable du GRET au Vietnam, j’ai pu voir d’où venait le bambou et comment on pouvait préserver cette ressource en apportant un revenu minimum aux familles. Dans les zones de déforestation, Patrice apprend notamment aux minorités à replanter le bambou et a créé des ateliers de transformation.

Pour l’éventail, le bambou est d’abord transformé en baguettes. A l’atelier, les femmes travaillent en groupe : l’une coupe les baguettes de bambou, l’autre les lisse, et d’autres enfin collent le visuel en papier. Tout est fait à la main et c’est très fastidieux… Je suis très émue lorsque je les vois faire.

En raison de l’humidité importante au Vietnam, le temps de séchage est assez long. Lorsque les éventails sont secs, d’autres femmes rejoignent le groupe pour les plier et les glisser dans leur pochette. Elles travaillent toujours dans la joie et la bonne humeur, c’est merveilleux.

Comment les femmes vivent-elles cette initiative au Vietnam ?

Elles sont très fières aujourd’hui d’être reconnues en France pour leur savoir-faire. Et aujourd’hui, leur production s’installe sur la scène internationale avec l’éventail réalisé pour la tournée de Mylène Farmer en 2009 ou celui de M en 2010. Nous sommes exigeants sur la qualité et les femmes s’investissent pour faire toujours mieux. La presse en parle et cela met en lumière une initiative humaine et éco-responsable. Mais pour que l’action reste pérenne, le bouche-à-oreille est indispensable.

Quels sont vos projets futurs ?

Nous souhaitons tout d’abord la création d’une classe pour les enfants abandonnés vivant à la Pagode Bô Dé à quelques kilomètres d’Hanoi et nous accordons tout notre soutien au travail remarquable de Patrice Lamballe.

J’ai suggéré à Patrice de lancer un projet d’éco-tourisme et de faire construire des lodges en bambou dans cette belle région pour que nous puissions développer « un autre tourisme… plus responsable ». C’est pour ce projet que je me suis rapprochée de Sophie Jovillard qui a eu la gentillesse de nous soutenir dans cette démarche et nous aider à trouver des partenaires et des financements.

En savoir plus sur l'association Amour de Soie et des Autres >>

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