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Venise, au cœur de la Cité des Doges
Ulysse

Venise la terrienne

Célèbre pour ses canaux, ses ponts, sa Place Saint Marc et son carnaval, Venise fait rêver. Tantôt terrienne, tantôt aquatique, découvrez la mythique capitale des amoureux…

Stupéfiante cité

Une jeune femme ouvre la porte-fenêtre de son bureau qui domine la piazzetta de Saint-Marc. Elle nous entraîne sur la loggia, au premier étage du palais des Doges, face à la lagune. Entre les arcades gothiques du balcon, on voit d’abord, monumentale porte sur la mer, les deux colonnes de granit rouge et gris d’Égypte, portant l’une le lion ailé et l’autre saint Théodore et son crocodile. Jadis, c’est ici que la Sérénissime exécutait les condamnés. Les Vénitiens, d’ailleurs, ne passent jamais entre ces anciens gibets, cela porterait malheur.

Mais aujourd’hui, dans les lumières chatoyantes du jour finissant, plus rien ne vient troubler la douceur de ce spectacle. Devant nous, le bassin de Saint-Marc, où vient finir le Grand Canal et où résonne le brouhaha des gondoles, des vaporetti et des bateaux-taxis. Plus loin, la pointe de la douane et son globe d’or sur lequel trône La Fortune, fend l’eau entre l’église de la Salute et celle de San Giorgio. Sur la droite, se dressent les 97 mètres du campanile, dont on a fini par oublier qu’au matin du 14 juillet 1882, il s’effondra. Nulle part le rêve n’épouse aussi bien la réalité, un « rêve incarné et l’inconscient du monde » écrit l’Américaine Mary McCarthy. Mais un rêve fragile.

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Un avenir incertain

Tous les ans, d’octobre à avril, Venise est confrontée au problème de l'acqua alta. En s'engouffrant par les trois passes d'entrée de la lagune, ces marées d'une amplitude exceptionnelle, provoquent l'inondation de la ville. Un spectacle très apprécié des touristes, mais qui témoigne de la fragilité grandissante d’une cité qui s’affaisse, fragilisée par le poids des ans et de l’eau. Il faut espérer que les nombreux grands travaux qui ont démarré ou qui durent depuis plusieurs années, sauveront les palais et les monuments de cette ville mythique.

En l’enserrant derrière une barrière de protection, on risque de transformer sa lagune en simple lac où les touristes iront canoter en gondole au son des chants napolitains. Pendant des siècles, on a cru que Venise disparaîtrait un jour dans les eaux, « avec un gargouillis et un sanglot ». Elle pourrait aussi finir en caricature d’elle-même, le plus beau parc d’attractions du monde.

Venise l'aquatique

Qui a dit que les canaux n’étaient que des lieux de promenade romantique ? Les Vénitiens vivent sur l’eau. Petit tour d’horizon du quotidien des habitants d’une ville aquatique.

Sur l’eau avec les Vénitiens

On sait encore ce qu’est un bateau à Venise ! Les Vénitiens n’hésitent pas à prendre leur barque pour aller au marché et le week-end, ils vont se baigner aussi bien dans la lagune que sur les plages du Lido et de Pellestrina où le dimanche, ils dégustent en famille de succulentes grillades de poissons.

Ils jettent aussi l’ancre au bout de l’île de Sant’Erasmo ou, un peu plus au large, sur le banc de sable qui se découvre à marée basse et vont vider une carafe de tokay du Frioul dans une guinguette, au pied de la tour de Maximilien, construite par les Autrichiens.

Les canaux assainis

Au passage, il faut tordre le cou à une mauvaise réputation que la ville ne mérite pas, ou qu’elle ne mérite plus : les canaux ne “puent” pas, même pendant les fortes chaleurs de l’été. Car, depuis plus de dix ans, la municipalité les a fait nettoyer les uns après les autres.

Le dragage des canaux que la République imposait, par force de loi, et qui avait été abandonné dans les années soixante, a recommencé. De plus, les hôtels et de nombreuses maisons ont cessé d’y déverser directement leurs eaux sales. On peut, dit-on, à nouveau pêcher des poissons en ville (on ne conseillerait quand même pas de s’y baigner). C’est Insula, l’organisme créé en 1997 à l’initiative de la mairie, qui a été chargé de ce nettoyage ainsi que de l’entretien des ponts et du rehaussement de nombreux quais pour les protéger de l’acqua alta. En vidant les canaux des boues, Insula a également procédé à la consolidation ou à la réfection des fondations des maisons et des palais qui dodelinent au bord de l’eau, comme des vieilles dames, encore élégantes, mais à la démarche incertaine.

Une ville qui veut être comme les autres

À la mairie, Mara Rumiz, adjointe au maire pour les travaux publics, explique avec enthousiasme que tous ces travaux permettront à Venise de rester une vraie ville : la municipalité veut attirer de nouveaux habitants, chercheurs, étudiants ou représentants d’organismes internationaux.

Ainsi est-elle ravie que, en face de l’étonnante église baroquissime des Gesuiti, l’Agence internationale des brevets se soit récemment installée dans l’ancien hospice de l’ordre des Crociferi (les “porte-croix”, un ordre dissout en 1656 par le pape Alexandre VII, qui lui reprochait ses « mœurs dissolues »).

Venise, écrit l’écologiste italien Gianfranco Bettin, est « une ville amphibie, posée sur l’eau, en réalité le produit d’un travail difficile et tenace ». Goethe avait dit, quant à lui, que la cité des Doges était une « République de castors ». Certes, mais qu'il faut visiter à tout prix.

Bons plans à Venise

Pour mieux préparer votre voyage à Venise, voici conseils et adresses utiles.

Quand partir ?

Les visiteurs se précipitent à Venise à Noël, Pâques, au moment du Carnaval (février) et de la Mostra (fin août-début septembre). Si vous détestez la foule, allez-y plutôt en novembre ou de janvier à avril-mai. Évitez le mois d’octobre, la période de la montée des eaux (acqua alta) et des inondations.

Comment y aller ?

En train

Profitez du train de nuit pour économiser une nuit d’hôtel et arriver au petit matin dans la magnifique lagune de Venise. Vous arriverez à la gare Santa Lucia qui offre un accès rapide aux vaporetti qui traversent la cité des Doges. En voiture-lit ou en couchettes, vous avez le choix entre différentes prestations de services et de restauration.

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En avion

Air France et Alitalia assurent plusieurs vols quotidiens vers l’aéroport Marco Polo. Possibilité de prendre des vols charters, qui arrivent à l’aéroport de Trévise.

Réservez votre vol pour Venise

En bateau

Un voyage au long cours assuré puisqu’il n’existe aucune liaison directe entre Nice ou Marseille et Venise. En revanche, possibilités avec la compagnie Venezia Lines de débarquer dans la cité des Doges depuis les ports de la côte d’Istrie en Slovénie et en Croatie : Piran, Umag, Porec, Rovinj, Pula... Venezia Lines : www.venezialines.com

Circuler sur place

En gondole

On les trouve partout, au Molo San Marco, du Rialto, de la gare ferroviaire... Avant d’y monter, négociez les prix ! Possibilité de prendre les traghetti, de grandes gondoles qui assurent un service régulier avec plusieurs arrêts sur le Grand Canal.

En bateau-bus

L’ACTV (L’Azienda Consorzio Trasporti Veneziano) gère les transports publics du territoire vénitien, dont les vaporetti (bateaux à vapeur). Plusieurs lignes sillonnent le Grand Canal et marquent un arrêt place Saint-Marc, à l’Accademia, au Rialto, à la Ferrovia (gare ferroviaire) et au Piazzale Roma.

Préférez une carte de transport, plus rentable, aux tickets à l’unité, assez onéreux (6 € A/R). D’autres bateaux, les motoscafi, plus petits et plus rapides, offrent le même service mais s’arrêtent moins souvent. Les motonavi desservent les îles éloignées de la Lagune et le Lido.
Rens. : www.actv.it

En bateau-taxi

Ils font la liaison avec l’aéroport en vingt minutes. Évitez-les dans la mesure du possible, ils sont beaucoup plus chers que les transports publics. T : 041 240 67 11.

À pied

C’est le meilleur moyen ! Venise est sur une île et les voitures y sont bannies. Profitez-en pour explorer les ruelles au-delà de la place Saint-Marc.
La cité des Doges n’est pas très étendue, il ne vous faudra qu’un peu plus d’une demi-heure pour la traverser du nord au sud.

Où manger ?

- Les baccari (bistrots) du Rialto, le samedi matin à la fin du marché. En particulier un nouveau bar à huîtres très branché, jeune, le Nazanria. Tél. : (00 39) 41 72 41 035.

- Et parce que c’est bon marché et sympa, un bistrot caché, le Ruga Rialto, à l’angle de la via Ruga Vechia et de la calle del Storione. Tél. : (00 39) 41 52 11 243.

- À Torcello, Al Ponte del Diavolo. Tél. : (00 39) 41 73 04 01.

- Sur la Giudecca, la terrasse de l’Altanella où Mitterrand avait ses habitudes. Tél. : (00 39) 41 522 77 80.

Où prendre un verre ?

Le Harry’s Bar, calle Vallaresso, San Marco 1323. Tél. : (00 39) 41 52 85 777. Bon, d’accord, ce bar n’a rien de très vénitien, mais on ne peut s’empêcher de le signaler. C’est une véritable institution où vous croiserez Américains de passage et touristes en goguette. Une manière de dépaysement. Vous pourrez demander un bellini, un apéritif concocté par Cipriani, le fondateur, en 1931, du Harry’s Bar. Une boisson à base de vin mousseux et de pêche blanche.

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